Drôle
d' histoire, que celle racontée par ce comédien
seul sur la scène, dans un long monologue
époustouflant .Ce merveilleux texte écrit
par Alessandro BARICCO pour un ami comédien n'est pas vraiment une pièce de theatre,
pas un livre non plus, mais plutôt une histoire
à raconter, un conte à lire à haute
voix.
L'
histoire:
nous sommes à la fin des années 20 et
c' est l' époque des grands transatlantiques
qui font la navette entre l' Europe et les Amériques.
C'est sur l' un deux qu'un trompettiste de jazz
va rencontrer T.D Lemon Noveccento le plus grand pianiste
qui ait jamais joué sur l'océan. Noveccento
est né sur ce paquebot au cours d' une traversée,
et ne l' a jamais quitté. Jusque
là une histoire simple voire banale. Mais là
où le talent et l' originalité d'Alessandro
Baricco prennent toute leur saveur et nous accroche
à la lecture de ce récit, c'est dans la
manière de l'appréhender. Il nous invite
à un voyage quasi mystique, à partager
une aventure humaine inimaginable à la
limite du surnaturel. Ce récit,
par la grace, de sa plume prend l' allure d' une véritable
épopée se déroulant au plus profond de l' esprit de son héros. On se retrouve happé
et hypnotisé par la musique des mots le
roulement et le rythme de ses phrases qui se déposent
d' eux même sur cette partition dévoilée
petit à petit. Cette
histoire est une musique noire, un mélange de
jazz et de blues, inventée et interprétée par les doigts d' un magicien qui n' a jamais mis les
pieds sur la terre ferme; on ne la lit pas on l'écoute.
Point
de fuite chez Noveccento ni de peur d' aucune sorte le
retenant prisonnier de son univers ou l'empechant
de contracter la fièvre de la civilisation. Son
truc, à lui, c' est de parler avec sa musique, une musique dont les notes sont extirpées, magnifiées,
mais sans cesse inventées, et cela dans
un feux d' artifices de sonorités inégalées
à ce jour. Il
n' écoute pas les gens Novecccento, il les regarde
dans les yeux avec son âme rivée dans le coeur de sa musique. "Dans les yeux des gens, on
voit ce qu' ils verront, pas ce qu' ils ont vu."
La
fin de cette extravagante histoire, une explosion où
l' on se retrouve groggy et désarmé, le
souffle coupé.On s' en échappe pas facilement,elle
continue de trotter dans nos têtes et pendant
un bon bout de temps. "L' histoire
me paraissait belle, et valoir la peine d' être
racontée. J'aime bien l' idée que
quelqu'un la lira." Alessandro Baricco
Noveccento
: pianiste, édition Mille et une nuits
|
|