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Si vous pensiez avoir tout entendu, tout lu ou tout appris sur la déportation dans les camps de concentration nazis et sur l’holocauste et que vous n’avez pas encore découvert « Etre sans destin » d’Imre Kertész, il est grand temps de réparer cette erreur. Car après les lectures de « Si c’était un homme de Primo Levi » ou tout autres témoignages sur les camps de concentration, la lecture de ce récit en est encore plus terrifiante.
Cet hongrois né à Budapest en 1929 dans une famille juive fut déporté au camp de d’Auschwitz-Birkenau en 1944 et
 fut libéré à Buchenwald en 1945. Il obtiendra en 2002 le prix Nobel de littérature.

« Etre sans destin » est sans aucun doute la plus grande œuvre littéraire jamais écrite sur l’holocauste d’une puissance telle, qu’elle plonge le lecteur dans le désarroi par son ton provocateur et bouleversant à la fois. Ce n’est pas un témoignage mais plutôt un récit écrit sous la forme
autobiographique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Imre a juste quinze ans et vit la guerre et l’occupation allemande comme une suite d’événements sans
conséquences et sans prises directes sur sa judéité. Entre l’entrepôt de son père et de sa belle mère, marchands de bois et une mère possessive qu’il ne voit que de temps en temps, les jours s’écoulent presque paisibles sur un horizon dont il ne perçoit pas la folie meurtrière.
Quand il est arrêté un matin d’été dans l’autobus qui le mène à l’usine et se retrouve emprisonné dans une caserne avec des centaines d’autres, en attente d’être déporté, sa compréhension de l’horreur ne lui en est pas plus révélée. Car la force de ce récit est la description glaciale et laconique du quotidien, sans réserve, sans aucun compromis ni intervention poétique, ce qui lui donne toute sa gravité et son effroyable justesse.

Pendant son trajet de Budapest à Auschwitz-Birkenau dans des wagons à bestiaux, entassés par centaines, au milieu de la puanteur des cadavres, de même qu’à son arrivée au camp, l’horreur est décrite non pas par la vision qui en résulte mais par la perception qu’il en a. Le regard innocent et naïf que promène le jeune Kertesz sur cette tragédie est celui d’un être sans identité, un être ne saisissant pas la portée de la barbarie qui est en train de s’empaler irrémédiablement sur sa destinée pour le conduire à vivre avec l'invivable le reste de sa vie.

C’est avec une approche distanciée, sans aucune compassion ni indignation mais traité avec froideur, qu’il raconte, qu’il égraine son parcours de miraculé de la barbarie. L’attente du départ dans une ambiance joyeuse - parce qu’ils sont tous persuadés qu’ils partent pour travailler et non pas pour mourrir - de même que les wagons où il se retrouve serré avec la faim et la soif n’arrivent pas à l’émouvoir, après tout c’est la guerre, et
ce n'est pas non plus les soldats, qu’il trouve pimpants et bien soignés, à son arrivée à Auschwitz qui sauront l'inquiéter.
L’effroi qui nous envahit vient du fait qu’il ne dénonce pas mais se contente simplement de décrire et de mettre en scène l’enfer du camp, ces gestes quotidiens, comme ces femmes qui se refont une beauté à
l’arrivée des trains, les files d’attente pour être examiné par un médecin vous déclarant apte ou inapte au travail et par la même décidant de votre destin. Comme les fumées s’échappant de ces immenses cheminées, ces crématoriums, pense t-il, où l’on brûle des corps atteints d’épidémie.

Et quand, libéré des camps, il rentre chez lui à Budapest l’horreur est toujours omniprésente par
l’incompréhension de ses paroles, dans la distance entre lui et ceux qu’ils retrouvent, ceux qui préfèrent parler d’enfer pour commenter l’inimaginable, alors que pour lui l’enfer n’existe pas, mais les camps il sait qu’il en revient. Qu’il ne peut pas recommencer une nouvelle vie, mais simplement poursuivre l’ancienne parce qu’il a vécu un destin donné qui n’était pas le sien et que désormais il doit en faire quelque chose, l’adapter à ce quelque chose.

Preuves remarquables de ce que fut l’horreur concentrationnaire du régime nazi, « Etre sans destin » est une œuvre qui dérange en nous racontant l’inacceptable, et en nous interpellant non pas sur le cauchemar des camps mais sur la façon dont les victimes ont du composer avec, comment leurs principes moraux, leurs valeurs spirituelles ou intellectuelles capitulèrent devant leur instinct de survie.

Etre sans destin d'Imre Kertesz ( 361 pages) collection 10/18

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